mercredi 11 février 2015

10 petites histoires de mimétisme et de camouflage

Des papillons déguisés en feuilles ? Des phasmes en branches ? Bof, c'est d'un banal. Noooon, j'ai bien mieux aujourd'hui : des oisillons déguisés en chenilles toxiques, des chenilles grimées en serpents, des lianes qui changent de forme à volonté et même des larves camouflées en crottes ! En tout, 10 petites histoires de mimétisme ou de camouflage extraordinaires !



1 Les oisillons déguisés en chenilles toxiques

Un oisillon de Laniocera hypopyrra camouflé en chenille toxique
Se déguiser en feuille, c'est tout de suite moins facile quand on a des plumes et du duvet. C'est sans doute pour cela que les oisillons de Laniocera hypopyrra (à gauche sur la photo ci-dessus), qui tentent péniblement de survivre dans la jungle amazonienne, ont pris le parti de ressembler à une belle chenille dodue, poilue et toxique (à droite). C'est encore plus flagrant en vidéo, remarquez comment les oisillons ondulent pour parfaire l'illusion :


Et voici la chenille qui sert de modèle aux juvéniles volatiles, qui semble tout juste régurgitée de l'estomac d'un chat  :



La chenille en question, une bestiole imposante d'une douzaine de centimètres, possède des poils toxiques qui jouent un double rôle urticant et dissuasif auprès des prédateurs. Le biologiste Gustavo A. Londoño et ses collègues ont remarqué que ces poils sont parfaitement imités par le duvet de l'oisillon (article dispo ici).

Le duvet de l'oisillon ressemble aux poils de la chenille. Crédits : Londono et al 2014 American Naturalist
Cette adaptation évolutive, basée sur l'exhibition de signaux d'alerte, est un exemple de mimétisme batésien. On peut en apprendre davantage dans cette fascinante série d'articles sur le blog SSAFT.

2 La liane mimétique

Et oui, il n'y pas que les animaux qui s'adonnent au mimétisme ! On connaissait déjà quelques plantes capables d'imiter les feuilles d'une autre espèce. Mais Boquila trifoliolata, une sorte de liane que l'on trouve au Chili, a développé une capacité unique dans le monde végétal : elle est capable de modifier l'apparence de ses feuilles pour imiter celles d'une dizaine de plantes sur lesquelles elle grimpe ! Et c'est un relooking complet : lorsque la liane se fixe sur son hôte, elle modifie la taille, la forme, la couleur, l'orientation et même le dessin des nervures de ses feuilles de façon à se fondre parfaitement dans le décor. Encore plus ahurissant : la liane peut présenter, sur une même tige, des feuilles complètement différentes, en fonction du feuillage environnant !

Différentes formes de feuillage pour Boquila trifoliolata
Cette faculté, appelée polymorphisme d'imitation, permet à la plante de se protéger de certains insectes herbivores. C'est ce qu'on apprend dans cet article publié dans Current Biology. Les chercheurs ont montré que les feuilles modifiées étaient moins attaquées que les feuilles originales. Pourquoi ? Il semble que les insectes n'apprécient pas trop les feuilles des arbres-hôtes, alors qu'ils raffolent des feuilles de Boquila trifoliolata. 

Ce cas extraordinaire soulève une multitude d'interrogations : les insectes sont-ils dupés par l'aspect visuel seulement ? La liane mimétique imite-t-elle d'autres propriétés de la plante hôte ? Et surtout, comment la plante parvient-elle à "reconnaitre" puis à imiter le feuillage de son hôte ? Les chercheurs penchent pour un signal chimique ou biologique naturellement émis par les hôtes, que Boquila trifoliolata parviendrait à capter. Ce signal déclencherait alors l'activation de gènes spécifiques qui modifieraient l'aspect de la feuille. Comment cette singulière adaptation est apparue chez la plante est un mystère absolu.

Pour en savoir plus, on peut lire cet article et celui-ci.

3 Les chenilles grimées en serpents

Une chenille Hemeroplanes triptolemus déguisée en serpent. Crédits : Daniel Janzen/Janzen.UPenn.edu/Caters New.
Alors ça c'est du mimétisme ! Non seulement cette chenille costaricaine (ouais, le Costa-Rica, c'est LE pays qu'il faut visiter pour voir des trucs comme ça) a la tronche d'un serpent, mais en plus elle imite son comportement ! Au lieu de se planquer, elle laisse couler sa tête en imitant les mouvements des serpents et va jusqu'à jaillir si on l'approche ! Bon, bien sûr, rien à craindre côté morsure. Les photos de Daniel Janzen sont hallucinantes :

Une chenille Hemeroplanes triptolemus déguisée en serpent. Crédits : Daniel Janzen/Janzen.UPenn.edu/Caters New.
Une chenille Hemeroplanes triptolemus déguisée en serpent. Crédits : Daniel Janzen/Janzen.UPenn.edu/Caters New.
Une chenille Hemeroplanes triptolemus déguisée en serpent. Crédits : Daniel Janzen/Janzen.UPenn.edu/Caters New.
En vidéo, c'est pas mal non plus !


Dans le même genre, je me souviens avoir vu passer des photos de chenilles Iron-Man, un cas de mimétisme particulièrement avantageux.

4 La mante religieuse déguisée en orchidée

Bon, là c'est juste pour le plaisir des yeux : Hymenopus coronatus est une mante religieuse que l'on trouve essentiellement dans l'ouest de l'Asie, et qui a la particularité de chasser ses proies camouflée en fleur d'orchidée :

video


Le corps de ces mantes religieuses imite à la perfection les pétales satinés des fleurs auxquelles elles s'accrochent. Elles sont d'ailleurs très prisées des collectionneurs. Solidement ancrées sur les tiges, elles se balancent comme sous l'action du vent :

Elles possèdent sur l'extrémité de l'abdomen une tâche qui ressemble à un moucheron. Mis en confiance par ce leurre, il arrive que des insectes se posent sur la mante, comme sur une vraie fleur. De temps en temps, un insecte plus appétissant fait une halte fatale ; la mante s'en saisit aussitôt et le croque vivant. Allez encore une photo !
Une mante-orchidée de Malaisie.

5  La mante religieuse travestie en guêpe

Dans la famille Mantispidae, on trouve aussi quelques imitateurs. Ici,  l'insecte a pris l'apparence d'une redoutable guêpe. On me fait signe, du côte du blog "les poissons n'existent pas", que la bestiole n'a rien à voir avec les mantes religieuses, malgré leurs traits communs. Et apparemment, on peut l'adopter comme animal de compagnie. Perso, je passe.

6 Les hippocampes pygmées qui choisissent leurs couleurs

Ce truc est l'équivalent sous-marin du chaton de quatre semaines : difficile de trouver plus mignon. Cet hippocampe minuscule (Hippocampus bargibanti) ne dépasse pas les 3 centimètres et il est obligé de vivre caché dans les maquis de coraux, dont il imite la couleur et la forme, grâce à de gracieuses excroissances. Il fut découvert par hasard en 1960 par George Bargibant, il était passé inaperçu jusque là..

Des hippocampes pygmées, crédits : ici.
Des hippocampes pygmées, crédits : ici
Un bébé hippocampe pygmée d'1 cm. Crédits : Alex Mustard/naturepl.com
Leur abri de corail tire soit sur le rose, soit sur l'orange, et les hippocampes arborent donc l'une des deux couleurs. Sinon ils font tâche et se font rapidement bouloter. Les chercheurs se demandaient si les hippocampes naissaient avec une couleur définie et choisissaient ensuite leur habitat en fonction, ou s'ils naissaient indifférenciés et adaptaient ensuite leur couleur (ce qui, convenons-en, serait plus pratique). Et bien, ils ont depuis peu leur réponse : pour la première fois, on a réussi à observer (en captivité) la naissance de bébés  hippocampes pygmées ! Les scientifiques ont alors observé que, indépendamment de la couleur des parents, les bébés naissaient tous bruns. La couleur évolue ensuite en fonction des éléments introduits dans l'aquarium. C'est ce qu'on peut découvrir dans la vidéo ci-dessous :

7 Les ailes du mensonge

Siamusotima aranea, crédits : John Horstman
Leurrer leurs ennemis en affichant un message trompeur sur les ailes : c'est la technique utilisé par ces insectes involontairement ingénieux.

Siamusotima aranea par exemple, dont on voit une photo ci-contre, est une espèce de papillon thaïlandaise qui, une fois les ailes déployées, ressemble à une araignée ! Rien de tel pour effaroucher les agresseurs potentiels. Bon, ok ça ne marche que de face, mais quand même !

Grâce à Strange Stuff et Funky Things, jai aussi découvert cet autre intrigant camouflage, sur les ailes d'une mouche cette fois, Goniurellia tridens :

Goniurellia tridens, Crédits : Peter Roosenschoon
Les motifs, qui imitent la forme de fourmis ou plus vraisemblablement celle d'une araignée, pourraient remplir la même fonction que précédemment ou encore servir à déstabiliser les araignées justement. Ces dernières, persuadées d'être face à deux de leurs semblables, passeraient alors d'une approche furtive à une démarche plus appropriée, trahissant ainsi leur présence et leur proximité. On peut en apprendre davantage dans cet article (en anglais).

Autre exemple, avec cet autre intrigant papillon, qu'il reste à identifier : à gauche, vu de loin, le papillon semble avoir la tête en haut. En réalité (photo de droite), il a la tête en bas ! (Crédits : ici)

 









Encore mieux : le papillon Macrocilix maia ! Que voyez-vous sur la photo ci-dessous ? Comme moi j'imagine : deux mouches qui festoient sur une fiente !
Macrocilix maia. Crédits : Flickr user Paul
Et ça marche : même les vraies mouches sont dupées !

Macrocilix maia. Crédits : Flickr user Paul
Le papillon pousse le vice jusqu' à se positionner sur de vraies fientes séchées :

Macrocilix maia. Crédits : Flickr user Paul
Cerise sur le gâteau : l'insecte dégage une odeur d’excrément ! Cette sublime histoire de fientes est partiellement récupérée sans vergogne du fabuleux site Featured Creature : faites-y un tour, vous ne serez pas déçu ! Et encore question caca, le meilleur reste à venir !

8 La pieuvre mimétique

Bon, là c'est un incontournable ! Comme j'ai déjà parlé des supers pouvoirs de transformation instantanée des pieuvres, je vous envoie chez l'ami Taupo pour lire "Thaumoctopus mimicus, la pieuvre mime marceau". Photos, vidéos et explications, vous saurez tout sur cet animal extraordinaire qui imite non seulement l'apparence des autres animaux, mais aussi leur comportement ! Une vidéo en guide de teaser :

9 Les larves déguisées en crottes

Ouaip, j'ai gardé le meilleur pour la fin ! Quelle idée géniale : se déguiser en fientes d'oiseau ! J'ai trouvé mon déguisement pour ma pendaison de crémaillère ! Quel prédateur mangerait son propre caca ? J'ai trouvé cet incroyable exemple d'adaptation sur le blog "Le Monde et Nous". Je vous invite d'ailleurs à découvrir l'article original pour lire la suite ! Je vous mets quand même la petite vidéo "sweeeeet".

10 Pour conclure

Allez, pour terminer, un superbe travail de mimétisme, je vous laisse découvrir tout seuls comme des grands ce dont il s'agit :)


6 commentaires:

  1. Héhé pas mal les dernières :)
    Article intéressant. Les monde aquatique, bien que mentionné recèle aussi d’innombrables surprises quand il s'agit de mimétisme !, mais désolé, il faut juste que je pointe un erreur :p Les Mantispidae ne sont en aucun cas des mantes religieuses, mais sont plus proches des fourmilions (ordre des névroptères) :)

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  2. Bonjour ! Merci pour le commentaire :)
    Arf, merci, je vais préciser tout cela (j'avais écrit "des sortes de mantes religieuses") mais je me doute que ce n'est pas très rigoureux !

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  3. Excellent ! Par contre, l'image de fin qui ressemble à un serpent... de quoi s'agit il en fait ?

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  4. Bonjour :) Vous n'avez pas reconnu la main ? :)

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  5. Très intéressant et des super images !

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